Monthly Archives: décembre 2017

Le projet photo « Violon à l’hôpital »

En 2017 j’ai pû mener à bien un projet photographique qui me tenait particulièrement à coeur depuis pas mal d’années : un reportage photo auprès d’une violoniste, en service hospitalier : « Violon à l’hôpital ».

Cette publication sur le blog ne contiendra exceptionnellement pas beaucoup de photos (pour des raisons que j’évoque plus bas)  mais va plutôt vous raconter la belle histoire de ce projet.

Vous pouvez retrouver les photos de ce projet de 2 manières :

  • en exposition permanente dans les services Néonat’ / Kangourou / réanimation pédiatrique du CHU Estaing de Clermont-Ferrand
  • une autre exposition itinérante est visible ici et là en France, doublée d’une rencontre/conférence pour vous présenter tout cela. Suivez mon actualité sur Facebook ou Instagram, ou celle de Virginie Basset pour connaitre les prochaines dates et lieux.

Le hasard de la vie a mis sur ma route en 2016 Virginie Basset, violoniste professionnelle,  en recherche d’une photographe pro, pour réaliser un reportage photo de ses visites  dans les services pédiatriques du CHU Estaing de Clermont-Ferrand. Son souhait était de pouvoir garder une trace de ces 4 années de visites, mais aussi de pouvoir avoir un support photo pour l’aider à parler de ce projet, le développer auprès d’autres interlocuteurs, mais aussi l’aider dans ses demandes de financement.

Vous ne savez pas tout ici, mais j’avais déjà, lorsque j’étais à Paris, tenté d’approcher des associations pour réaliser  un tel reportage photo, mais à l’époque, je n’étais pas encore pro, et j’ai rapidement été découragée par l’ampleur et la lourdeur administrative et hierarchique qu’un tel projet représentait.

A vrai dire, je voulais avant tout VOIR ce que la présence d’une artiste pouvait apporter dans le milieu hospitalier. Je crois profondément en ces actions, aux bienfaits de l’art d’une manière générale, mais aussi et surtout qu’il n’y a jamais rien de futile, juste des priorités des fois plus importantes que d’autres, mais que le « futile », peut-être bénéfique (je ne suis pas accroc du yarnbombing pour rien 🙂 )

Depuis cette période, je suis devenue photographe pro, me suis lancée dans la photo de mariage, et j’ai développé mon goût pour le reportage photo. En parallèle de ça, et parce que certains projets me tiennent vraiment à coeur, j’ai réalisé quelques reportages photo plus « perso » publiés ici sur le blog : du bénévolat à Noël auprès de l’association « les petits frères des pauvres », mais aussi et surtout plus récemment : sur la lamathérapie, pour aider à guérir avec le sourire  – et des lamas !

J’ai aussi grandi en milieu hospitalier, mon père y ayant fait sa carrière, et moi avec mes problèmes de santé qui m’y ont souvent amené… bref, vous l’avez compris maintenant, lorsque Virginie m’a contacté, mon excitation pour un tel projet a pas mal réduit mes nuits de sommeil jusqu’à notre rencontre pour parler de ce potentiel projet.

Virginie m’avouera plus tard qu’elle n’avait pas vu toutes ces informations avant de me contacter. Il semblerait que mes photos de mariage l’aient décidé à me contacter. Comme quoi… 🙂

Notre 1er rencontre fût passionnante. Passionnante d’échanger entre 2 artistes, mais aussi de deviner qu’on allait pouvoir s’entendre étant donné nos points communs, mais aussi, et ça reste un point important : que Virginie cherchait avant tout une photographe pro, et non une bénévole.

L’expertise, la connaissance des différentes facette de son propre métier, la responsabilité,l’engagement, mais aussi la crédibilité auprès des interlocuteurs, sont des éléments qui restent importants, et c’est rassurant que certains en soient conscients. J’étais tellement désireuse de réaliser ce projet, que j’aurai même envisagé le faire bénévolement, mais il est aussi vrai qu’à partir d’un certain niveau d’engagement, mais aussi de temps consacré, il est important de trouver un compromis qui satisfasse tout le monde, surtout sur le long terme, car ce fût un projet au long terme (et qui n’est pas fini dailleurs !) 🙂

LES OBJECTIFS

L’objectif final était de pouvoir livrer entre 25 et 30 photos à Virginie, afin de créer l’exposition photo dans les couloirs des services.

Au fil de ce projet nous avons rapidement eu l’envie de partager cette exposition et avons donc crée un 2e jeu de photos pour « nous », pour pouvoir le faire circuler et parler de cette belle aventure vécue ensemble.

L’idée était que j’accompagne Virginie lors de 5 visites les lundi après-midi, pour faire les prise de vue, une fois que nous aurions mis en place nos méthodes de travail.

Après plusieurs mois à échanger et travailler en amont sur notre organisation, j’ai fait une « pré-visite », avec elle en décembre 2016, afin d’observer et d’évaluer si nous avions bien pensé à tout….

et c’est là que je vous parle des …

CONTRAINTES & CONSEQUENCES

*** LES AUTORISATIONS ! ***

Un des premiers points que j’ai soulevé lorsque j’ai rencontré Virginie a été : les autorisations !!!!

(ATTENTION, ALERTE ROUGE, trucs qui clignotent partout, et PANIQUE A BORD !!!!)

🙂

Sujet mineurs, malades, parents fragiles, destabilisés, et puis, les soignants aussi. Ce fût vraiment ma plus grande préoccupation, pendant les 8 mois d’échanges et de préparation que j’ai eu avec Virginie avant ma pré-visite.

On a beau connaitre le sujet, c’est toujours délicat. Comment l’aborder, comment intervenir, à quel moment, et puis : un document  trop long ou trop court pourrait amener à des refus. Comment expliquer ma présence dans cette chambre d’hôpital, auprès d’une violoniste, qui déjà, pour certains, n’a rien à faire ici ?

Je n’étais au final, que la pièce rapportée, d’une autre pièce rapportée.

Et puis, mon appareil est gigantesque, il est noir, on ne voit que lui, il fait peur…

Et puis des photos ? Mais pour en faire quoi ? pour qui ? pour mettre où ???

BREF, J’AI EU PEUR !

—-Oui, voilà, vous comprenez peut-être mieux maintenant pourquoi je ne diffuse pas de photos ici, même si nous avons les autorisations des parents concernés bien entendu, par extrême précaution, je ne souhaite pas diffuser sur internet ces photos, qui de toute façon restent un outil de mise en valeur du travail de Virginie (et non du mien).

Je pourrai, mais je ne souhaite pas, ça n’est pour moi pas le but, et je peux vous assurer que cela a été le fruit de beaucoup de reflexion. L’égo de devenir une superstar est parti coucouche panier.

Par précaution, pudeur mais aussi déontologie, et respect, je n’aborderai pas en détail les maladies, prénoms, et certaines situation vécues lors de ces moments là…. ça pourrait être tentant pour vous raconter ce projet mais NON 🙂

J’ai fait des cacas nerveux dignes des plus grandes star de la pop music, lorsque certains organisateurs d’exposition nous demandaient des photos de l’expo pour « imprimer sur un programme », ou pour que les « gens ramènent un souvenir de l’expo »…. Nous avons une photo principale de présentation qui sert à ça.

On n’est bien sûr jamais à l’abri d’un organisateur foireux qui ne lit pas nos consignes et fait des copier coller. Et j’ai appris à lâcher du lest sur cet énervement là car oui, même quand tu t’imposes des conditions éthiques drastiques, et bosse pendant des mois sur un sujet, il y aura malheureusement toujours des gens qui baclent leur boulot et pourrissent un peu tout ça. (mais aussi, comme on me le fait remarquer : des idiots qui pourraient prendre en photos avec leur portable ton expo, et partager ça sur Facebook). oui oui, idiots, je l’ai dit.

Il va falloir s’y faire. Il falloir apprendre la juste mesure, cela reste un ensemble d’éléments pour parler et promouvoir l’intervention d’une violoniste en milieu hospitalier. Mais je ne souhaite pas être responsable de sa diffusion sur internet. Et en fait, cela mériterait tellement qu’on en discute ensemble, que Virginie vous parle de son travail, vous fasse écouter sa musique, que les expositions photos et les conférences nous semblent aussi bien plus appropriées qu’une photo copiée collée sur Facebook par votre voisine. 🙂

 

— Au final, contre toute attente, la difficulté principale, n’aura pas été d’obtenir l’accord des parents. Cela aura été bien plus simple que prévu. Je pense que Virginie et moi avons tellement travaillé sur le sujet en amont, sur la manière de présenter la chose, mais aussi d’être avec les familles, que nous n’avons pas rencontré de refus majeur lors de ces visites.

C’est au final avec le personnel SOIGNANT que cela aura été le plus difficile. Je peux même parler d’ECHEC et de DECEPTION en fait pour ce projet. Aucune de nous 2 pensions rencontrer une telle hostilité face à ma présence, et je dois dire que bon… DOMMAGE 🙁

J’ai compris les difficultés que rencontrent les services hospitaliers : la pression, le surmenage, la précision d’un tel métier auprès des nouveaux-nés, le turn-over…. j’ai aussi découvert que même avec un affichage depuis des semaines annonçant ma présence auprès de Virginie, mais aussi une communication interne, rien n’y a fait.

ça a été très frustrant d’entendre des refus de photographier, avec des fois des raisons évoquées pour des questions de brushing, d’ongles pas fait, ou de « j’ai une sale tête ». C’est votre droit, certes, mais ma mission n’était pas là, mais de mettre en valeur le travail de Virginie lors d’un reportage, et aussi votre travail. J’aurai adoré mettre en valeur votre travail. TANT PIS.

Entre la prise de vue et l’affichage d’une exposition, il y a plusieurs étapes de selection, mais aussi des choix de cliquer ou pas, du travail avant et après, et surtout : un travail de pro. Dommage !

Sur une expo d’une vingtaine de photos, nous avons seulement 2 ou 3 photos avec des soignants ou des « bouts de soignants » – oui, le cadrage quoi. Nous en espérions tellement plus.

Autant vous dire que lorsqu’on en avait une qui était ok, j’avais vraiment la pression et croisait les doigts pour qu’il se passe des choses merveilleuses et que les photos soient toutes aussi chouettes 🙂

Moi qui me rêvait en grande reporter pour documenter la vie à l’hôpital, je peux vous dire que ce rêve a rapidement été anéanti par l’accueil fait par certains soignants du CHU.

Heureusement, ça n’était pas tout le monde, merci donc énormément à celles qui ont bien voulu me faire confiance, J’espère que l’exposition dans les couloirs vous rappelle la chance que vous avez de faire votre métier.

🙂

 

*** NE PAS FAIRE DE LA « PHOTO DE MATERNITE » ***

non… surtout pas. L’idée était de faire du reportage. Pas de photos posées, JAMAIS.

Je m’adapte à mon environnement, et autant vous dire que c’est du challenge (voir le prochain chapitre) et reste en retrait.

Enfin en retrait, c’est à dire que je laisse vivre les gens. Comme indiqué plus haut : je suis la pièce rapportée d’une pièce rapportée dans cette chambre d’hôpital. Un peu de pudeur n’a jamais tué personne.

Je ne suis pas là pour faire du beau à tout prix, mais pour montrer ce que je vois dans le travail de Virginie.. nuance.

Je ne suis pas là pour faire plaisir aux parents mais pour satisfaire le besoin de Virginie de documenter ses visites musicales, dans un aspect le plus complet possible. Challenge compliqué sur les dernières visites car il « manquait » certaines photos dans l’ensemble que je souhaitais transmettre (cadrage serré, ambiance, les parents, les soignants, et plein d’autres aspects)…

🙂

Je ne suis pas là pour vendre des photos, je suis là pour le besoin de Virginie. Bien entendu nous avons offert des tirages aux parents lorsque certaines photos nous plaisaient, mais ça n’était pas forcément celle qui au final sont  selectionnées dans l’ultime sélection de photo pour l’expo.

 

*** LA MALADIE et autres anecdotes ***

Je n’ai jamais su de quoi souffraient les enfants, Virginie non plus. Une manière pour nous de nous protéger, mais aussi parce que ça n’est pas notre boulot, ni notre mission. J’aurai peur d’être influencée. Les « ça va », « c’est un peu compliqué en ce moment », ou les « ça lui ferait beaucoup de bien » que nous transmettaient les soignants, sont des informations suffisamment utiles pour ne pas avoir besoin d’en savoir plus.

J’ai essayé d’apprendre à ne pas dire « au revoir merci, et à bientôt », en quittant une chambre d’hôpital. Le moment passé ensemble était doux et magique, et en ouvrant la porte on retrouve sa politesse automatique, mais dérangeante dans un tel contexte….

 

*** LA LUMIERE (et l’espace) ***

ah ah ah…. la lumière !

On a rapidement compris lors de ma « pré-visite » en décembre, qu’il faudrait attendre mars pour revenir. La lumière et les journées très courtes compliquaient inutilement la tâche.

Respecter le rythme des bébés (et des parents), mais aussi mes contraintes de lumières.

Bien entendu pas de flashs, pas de projecteurs, rien. Juste moi, et mon appareil photo. Un objectif (24/70mm), et une chambre d’hôpital toute petite, remplie de membres de la famille…. et d’un bébé tellement petit qu’on ne le voyait pas en entrant dans la pièce.

On ne le voit dailleurs par forcément sur les photos, et on sait pourtant qu’il est bien là. Petit mais présent. Très présent ! 🙂

Il a fallu retranscrire tout ça lors de mes photos.

L’espace, et les machines, les très grosses machines. Dans un moment intime (et pas forcément très joyeux), alors que toute l’attention se porte sur la potentielle réaction du bébé à la musique jouée par Virginie, vous l’entendez la grosse patate de photographe là, au fond de la pièce, qui fait tomber du matos par terre ou se prend les pieds dans les fils des machines ? 🙂

Non, ça n’est pas arrivé, mais j’en aurai été capable. Apprendre à me déplacer le moins possible pour limiter le dérangement, tout en étant capable d’être là, au bon angle, au bon endroit, pour capter ce qu’il s’est passé. Dans un espace très restreint, avec beaucoup de « géants adultes », et un tout tout tout petit bébé. Un vrai travail de précision.

CHALLENGE ACCEPTE !

🙂

 

*** LA MUSIQUE – et moi ***

et oui, il a fallu que je me mette à chanter (oh pauvre !) 🙂

Se pointer dans une chambre d’hôpital en binôme avec une musicienne, c’est devoir, si on veut se fondre dans le moment pour rester discrète, aussi se mettre à chanter.

Là où le violon est relativement le bienvenu dans une chambre d’hôpital (ça ne peut pas faire de mal a priori), l’appareil photo lui, l’est beaucoup moins, surtout quand il s’agit d’un enfant malade. Pour se faire oublier, mais aussi pour ne pas être la seule à regarder tout le monde, et oui, j’ai dû participer ! 🙂

Virginie joue un répertoire très varié de berceuses du monde, pour enfant, dans différentes langues et culture. Ce fût un régal pour les oreilles, une plongée dans certains de mes souvenirs les plus tendres. Mais me mettre à chanter devant des inconnus, c’était compliqué pour moi. C’est aussi ce qu’ont dû se dire les parents, alors j’ai joué le jeu et contribué au moment d’échange, pour ne pas être à mon tour juste une observatrice mais aussi partager ensemble.

Et sinon, niveau photo, comment faire deviner qu’il y a de la musique sans devoir à tout prix prendre 30 photos de violon ? ça, c’était un autre challenge qu’il a fallu relever, sans oublier tout de même que l’ensemble de l’expo représente un message, une certaine cohérence sur le sujet imposé.

 

*** LA PRISE DE VUE ***

Qui dit musique dit rythme… et mon appareil photo fait du bruit lorsque j’appuie sur le déclencheur.

Ce projet photo aura été à l’opposé de mes habitudes de prise de vue en photo de mariage :

  • Cliquer en rythme avec le chant ou la musique de Virginie. Pour ne pas déranger, pour être dans le temps, pour laisser le moment vivre et faire oublier que je suis là.
  • J’ai rapidement compris qu’il fallait que je shoote beaucoup moins qu’à un mariage, pour ne pas déranger le moment, mais aussi par respect, retenue, pudeur. Shooter super juste, au moment précis. Là où, lors d’un mariage, j’ai une moyenne de 2500 photos sur 16h de reportage (journée entière), sur un après midi avec Virginie, je revenais chez moi avec 15 à 30 photos en boite.
  • Alors qu’en photo de mariage on m’attend avec impatience dès le petit matin, et que vers 14h je commence à connaitre le noyau dur de la famille, là cette fois-ci, je me suis retrouvée dans une situation bien différente : plongée dans la détresse, la tristesse, l’inquiétude, et les situations familiales parfois difficiles de ces personnes, à devoir débarquer avec toute ma bienveillance pour prendre des photos d’une musicienne, et accessoirement, de vous aussi Madame Monsieur, et de votre bébé si vous m’y autorisez. Pas évident. Du tout !
  • Mais c’est ce qui a rendu le travail intéressant justement.
  • Ne pas déranger Virginie lorsqu’elle joue, en me positionnant au dessus d’elle, accroupie auprès du bébé lové dans les bras de sa mère (ne pas perdre l’équilibre non plus ni lui tomber dessus – bref, éviter les cascades, et les déplacements.. ne pas se prendre les pieds dans les fils des machines)
  • de la pudeur, beaucoup de pudeur. J’estime que, tout comme pour la photo de mariage et malgré le contexte, c’est une chance que j’ai eu de pouvoir partager ces moments avec ces personnes que je ne connaissais pas. La pudeur de la photographe, c’est être capable de prendre la photo au bon moment, en dérangeant le moins possible, en respectant leur intimité, leur vie privée, et surtout : le moment.
  • et puis…..

*** GERER MES EMOTIONS ***

Là encore, on ne peut pas dire que l’ambiance soit la même que lorsque je vais faire des photos de mariage.

La fatigue, l’inquiétude, les disputes de couple, ou les complications médicales, la déception d’apprendre qu’il va rester encore un peu à l’hôpital, et puis il a perdu du poids, ou alors il y a trop de bips sur ces machines, la manière, de chaque parents (et enfant), de vivre ce moment… tout ces paramètres font qu’arriver dans une chambre d’hôpital avec un grand sourire et sa dose de bienveillance n’est pas forcément suffisant.

Forcément on se fait absorber, et je dois vous dire que c’est aussi pour ça que je fais ce métier.

Contrairement à Virginie, qui a appris à prendre de la distance, pour se protéger et continuer à faire ce beau métier et ses visites, moi, je suis une éponge émotionnelle. C’est pour ça que je fais ce métier et c’est comme ça que je veux le faire.

La bienveillance m’a protégé, mais la gratitude aussi. Je suis reconnaissante de la possibilité qu’il m’a été donné d’effectuer ce reportage. De pouvoir témoigner, à travers mes images, mais aussi ce récit, de ce que j’ai vu, et ressenti.

j’ai pleuré, mais pas que de tristesse, fort heureusement. J’ai décidé dès le départ (et je pense que c’est aussi comme ça que Virginie amène les choses), de mettre mon vibreur de bienveillance en mode ON puissance 12 000, et j’ai pris l’appareil photo. Virginie dit souvent qu’elle joue de la musique non pas à l’enfant malade, mais à la partie de l’enfant qui va bien. L’enfant malade est trop occupé à lutter et on ne veut pas le déranger dans cette tâche. Par contre, l’enfant qui va bien en lui, appréciera sûrement un peu de musique pour continuer à aller bien.

Je dis souvent « peu importe ce qu’il arrive, tant que les photos sont chouettes ». C’était un peu plus difficile cette fois-ci, mais j’ai la chance tout de même de pouvoir cacher mes yeux qui piquent par mon appareil photo.

Trop d’émotivité pourrait aussi inquiéter, ou déranger. Ce projet m’a permis de développer mon sens de la retenue, et ma pudeur, j’utilise encore ce mot.

Je dis souvent qu’on est responsable de l’energie qu’on apporte en entrant dans la pièce. Loin de moi l’idée d’entrer dans une chambre avec un visage qui indique « oulaaaaaaaaaa mais c’est quoi tout ces tuyaux, et ton bébé est tout petit ça craint…. oula et puis tu as une sale tête t’as pas dormi ?)

non, ça c’est digne d’une photographe bénévole touriste. Pas mon cas.

Et puis, je ne suis pas impressionnée par le milieu hospitalier, j’ai grandi dedans.

Par contre, ce qui est interessant justement, c’est que suite à ce reportage, et aux expositions, il y a des fois un décalage entre les photos, et mon ressenti, et celui des personnes qui la regardent.

Alors que pour certaines photos, je vois la puissance d’un couple qui s’aime fort, les spectateurs eux, verront plutôt un enfant avec des tuyaus partout…. Avoir certaines expressions d’enfants sur les photos amène à des commentaires du type « ohhhhhh » « trop mignon », des spectateurs, ce qui a été un peu destabilisant pour moi lors des vernissages, car j’ai moi en souvenir le contexte… la douleur, la souffrance, les tuyaux, les bip bip des machines et les parents super inquiets.

Je suis ravie d’avoir réussi à dégager en photo un peu de la douceur et magie qui opérait lors de la présence du violon à l’hôpital… et du coup, vous vous le demandez sûrement mais alors, j’ai vu quoi ?

ET ALORS, « VIOLON A L’HOPITAL », c’était comment ?

Magique, intense, passionnant, génial !

si vous avez lu jusqu’ici, (bravo !), il est temps pour moi de vous dire ce que j’ai vu, compris lors de ce fantastique projet, car vous n’aurez peut-être pas la possibilité d’entendre Virginie vous parler de son travail, ou de nous croiser lors d’une de nos conférences sur ce projet. J’espère que vous  aurez la chance de l’entendre jouer du violon 🙂

J’ai débuté ce projet, comme je le disais, dans l’espoir de faire un grand reportage sur la vie à l’hôpital lorsqu’une musicienne violoniste arrive dans leur service. J’ai vite été rattrapé par la réalité des choses, pour me concentrer sur une approche plus précise, et plus intime, dans les chambres, avec les familles.

En plus d’avoir construit une formidable amitié avec Virginie, tout au long de la préparation en amont de ces visites (8 mois de boulot quand même) j’y ai aussi découvert, lors de nos séances, un travail formidable de musicienne.

Un travail en collaboration avec l’équipe soignante (où intervenir, à quel moment, faire le point sur l’intervention en sortant des chambres), un travail qui a pris du temps à être mis en place, au fil des années. Mais aussi un travail de recherche gigantesque, pour développer son répertoire, et l’adapter à son public très varié. Et puis, répéter, apprendre, s’entraîner, améliorer, adapter, et recommencer.

Un partage, un échange, que je pensais être orienté plutôt bébé/musicienne, mais il s’avère que cela va bien au delà de ça. La musique (de Virginie) apaise les parents, soulage, détend, crée des pauses dans le temps, permet au bébé de calmer les choses, ou se réveiller en douceur, retrouver le rythme pour téter une maman à bout… de nerf, de fatigue, ou de détresse. Une chanson basée sur la respiration amène à une détente générale dans la pièce, alors qu’un rythme enjoué irlandais (ou hollandais ?) 🙂 stimule tout le monde et amène sa dose de bonne humeur ou de jolies retrouvailles.

D’une semaine à l’autre nous avons vu ou revu des bébés dont l’état de santé a évolué, des parents qui nous accueillent avec les yeux humides après avoir chanté toute la semaine les chansons distribuées par Virginie pour réviser pendant son absence. Elle exerce aussi un superbe travail de sensibilisation à la musique.

La musique crée du lien, entre les parents et l’enfant, entre nos origines et qui nous sommes, et permet de transmettre et de partager. Virginie a le talent d’être allée puiser dans certaines cultures pour raviver des souvenirs musicaux dans des familles multiculturelles. Et ça, les bébés ont les compétences de le comprendre. (« les compétences des bébés » est un terme que Virginie utilise souvent).

La musique crée aussi du lien dans une fratrie. Les comptines qu’on apprend à vos enfants à l’école maternelle sont d’importants moments partagés avec le nouveau petit frère ou petite soeur. Les ainés se retrouvent chamboulés avec ce nouvel arrivant, qui en plus habite à l’hôpital pendant un moment et inquiète tout le monde. La chanson permet de réunir tout le monde et créer du lien.

A l’hôpital, la musique amène aussi un moment de douceur, de détente, pour calmer le stress, ou la pression d’un acte médical. Changer les idées, volontairement ou pas, pendant qu’un enfant se fait soigner, ou peut-être que c’était pour appaiser le soigneur en fait ? 🙂

Tisser du lien au fil des notes, replonger les mamans dans leur propre enfance à l’heure où elles doivent apprendre à être mère à leur tour, mais à l’hôpital, dans le stress des bips des machines.

J’ai aussi vu des couples forts, qui s’aiment, tellement, tellement fort .  (jsuis pas photographe de mariage pour rien hein 🙂 ) dans la difficulté de moments d’inquiétude terribles. La musique a aidé tout le monde à se détendre en pleurant un bon coup.

Et puis les bébés ! J’ai beau les connaitre un peu,  je n’aurai jamais pû imaginer qu’un petit être des fois bien bien plus petit qu’un violon, soit capable d’exprimer son intérêt, (ou une quelconque réaction en fait), sans même avoir la parole, ni même de sourcils à froncer. 🙂

J’ai pu assister, grâce à ce reportage, à des moments de vie bouleversants, des échanges fantastiques et appaisants, en musique, et autres expressions qui rendent chaque note très précieuse.

Je ne remercierai jamais assez Virginie ainsi que les familles qui m’ont fait confiance en autorisant ma présence à leur côté lors de ce reportage.

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Mariage en automne à La Bourboule (Auvergne)

Le dernier mariage de ma saison 2017 était un mariage d’automne à La Bourboule, en Auvergne.

Un mariage en automne, c’est toujours chouette, plus paisible, moins de risque de canicule, même s’il y a toujours, encore plus présente en automne, cette interrogation de la météo : est-ce qu’il ne va pas faire trop froid ?

Ce jour-là, nous avons été chanceux, très chanceux en fait, et c’est sous la douce lumière d’une fin de journée d’automne que le cocktail a commencé, la nuit tombant particulièrement tôt ce week-end là (week-end du changement d’heure.

Ce couple approchant la quarantaine, a décidé de se marier tardivement, mais pour une très belle raison : Sébastien, le marié, voulait épouser Céline depuis un moment, mais ils ont voulu attendre que leurs enfants soient suffisamment grands pour se souvenir de cette journée de célébration.

De ce mariage en automne à La Bourboule, je veux me souvenir : de la super ambiance lors des préparatifs de Céline, avec ses copines le matin, de l’émotion de Sébastien lors de la cérémonie Laïque, du haka un peu foireux mais tellement drôle des copains du mariés, de l’ambiance endiablée sur le dance floor après l’ouverture du bal, de la jolie 2CV rouge, du froid qui pique à la tombée de la nuit, du cheminement des mariés jusqu’à la grange pour la cérémonie laïque, de la jolie mairie de Riom, mais aussi et surtout de la 1ère danse de ces 2 amoureux !!! 🙂 🙂 🙂

Un slow sans parole sur une musique bien « cheesy », où chacun des 2 amoureux avait enregistré des commentaires de leur pensées pendant cette danse… Hilarant ! 🙂 🙂 🙂

Mairie de Riom

Célébration laïque, cocktail et lieu pour la fête : Domaine de Fohet, à La Bourboule (63)

Fleuriste : Eglantine Fleurs, La Bourboule

DJ : Clément Mortier

Traiteur : Le Cantou

Le reste se raconte en photos ! 🙂

🙂

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